Approche socio anthropologique du Famadihana[1]
Beaucoup de malgache dans les Haute terres centrales, les vakinankaratra respectent encore le rituel post-funéraire appelé « Famadihana », ce dernier a une importance capitale dans plusieurs communautés malagasy.
Premièrement, le famadihana, qui signifie « retournement de mort » est pratiqué partout à Madagascar surtout dans la tribu Merina et Betsileo, mais dans les autres tribus il est appelé sous d’autres appellation. Il faut le faire régulièrement, tous les trois ou cinq ans[2] et il se fait au mois de juillet jusqu’à fin septembre. Le famadihana consiste à renouveler les linceuls des ancêtres, il faut les envelopper avec le maximum de « lambamena » possible, c’est un grand honneur pour les malgache, c’est une grande preuve d’amour aussi. Les vivants font des offrandes et donnent des cadeaux aux ancêtres, on met des bouteilles de rhum dans les linceuls. Le famadihana est le moment de se communiquer avec les ancêtres, Pour quelle raison les Malgaches communiquent-ils avec les ancêtres ? A quoi bon demander une grâce, bienveillance aux « Razana » ? Les malgaches croient à la continuation de la vie après la mort, ils croient en l’immortalité de l’âme. « La mort, elle, n’est pas le néant, ni la fin : c’est un passage, à un autre état, à un autre mode d’être [3]» disait la Docteure RAJAONARIVELO Irène. Pour les malgaches, la mort, c’est la séparation du corps et de l’esprit, l’esprit se sépare du corps du défunt. Donc, Les malgaches croient alors à une vie après la mort, ils croient à l’existence d’un au-delà « fiainana any an-koatra », Après le Famadihana, le razana va devenir un « Razana Mitahy » d’où le Razana est le dépositaire de la bénédiction, la pratique du Famadihana est donc basée sur un credo : la croyance au pouvoir de bénédiction des ancêtres. Les ancêtres peuvent nous apporter des secours, ils peuvent nous aider, nous pouvons demander des faveurs à eux. On peut dire alors que les « razana » deviennent des objets de respect et de culte, le mort va changer de statut par le biais du famadihana. Pendant la cérémonie, il y a des Fomba (rituels) à suivre, le mort ne transforme pas automatiquement en ancêtre mais il y a des rites de passage[4] à suivre, le rite c’est l’ensemble des cérémonies prescrites dans une religion. En anthropologie, les rites ont pour but de maintenir et d’assurer la cohésion sociale. Les rites permettent à l’homme d’entrer en contact avec une divinité. Pour les malgaches, ce sont des rites à base animiste, le concept d’« animisme » (du latin anima qui signifie « le souffle », « l’âme », « vie »[5]), était élaboré par Tylor. Le culte des ancêtres est le fondement de la religion traditionnelle malgache, c’est la base de la spiritualité Malgache. Andriananahary, c’est le fondateur de tout l’univers, le seigneur des ancêtres.
Deuxièmement, le retournement des morts a donné lieu à de nombreuses interprétations ou analyse sociologiques et anthropologiques. Tout d’abord, l’identité culturelle a été définie comme « un sentiment d’appartenance à un groupe culturelle ». Abraham MASLOW[6] définit l’homme comme un tout présentant des aspects physiologiques, psychologiques et sociologiques ; ainsi, dans son aspect sociologique l’homme a besoin d’amour, d’appartenance, il a besoin d’être aimé, de faire partie d’un groupe et d’avoir un statut. Nonobstant, l’identité individuel est le produit de la socialisation, la société va forger l’individu à se conformer aux normes. -Du point de vue sociologique, le famadihana est une pratique identitaire fondé sur la cohésion sociale ,le « Fihavanana Malagasy », il a pour fonction de resserrer les liens sociaux. C’est l’occasion pour toute la famille de se rencontrer, de se faire connaitre, de faire une grande fête. Chacun doit participer à la vie communautaire. Pour les malgaches la solidarité est très importante, toute la vie sociale est fondée sur un lien indissoluble qui rattache tous les membres de la famille, ils accordent une importance fondamentale aux liens sociaux. Et que personne n’est jamais seul face à lui-même. A travers notre analyse sur le Famadihana, on a constaté que cette pratique tient une valeur exceptionnelle dans la culture malagasy. Mais en ce moment, avec l’arrivé du Christianisme, le fomba malagasy a subi à la fois une acculturation et une déculturation.
Dimbiniaina Mitahirizo
19 mars 21
[1] Famadihana : issu du terme mamadika : retourner, exhumation des morts
[2] Le chiffre doit être impair
[3] In « Madagascar fenêtre » volume 2
[4] Terme employée par Van Gennep : « tout individu passe par plusieurs statuts au cours de sa vie ».
[5] Souffle « Aina », âme « Fanahy, Ambiroa, Avelo »
[6] Abraham Harold MASLOW, psychologue américain
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